Exilé à Mayombe (actuel Gabon) dans la forêt équatoriale en  1895,  Cheikh Ahmadou Bamba n’en revient qu’en 1902, après 7 ans et 9 mois de privations et d’épreuves sans précédent. Son retour d’exil avait fort rehaussé sa gloire.

De partout des adeptes, enthousiasmés venaient le voir. Il se rendait dans les différentes localités du Baol pour être à même d’apprécier personnellement le travail accompli pendant son absence. Mais cette ruée sans précédent inquiétait les autorités coloniales qui, dans des rapports à propos des activités de Cheikh Ahmadou Bamba,  demandaient expressément son éloignement du pays. C’est dans ce contexte que Serigne Touba adressa une correspondance au Gouverneur de Saint-Louis datée du 19 mai 1903. S’expliquant dans cette missive écrite en arabe sur les raisons qui ne lui ont pas permis de se rendre auprès des autorités administratives, Cheikh Ahmadou Bamba évoque également son état de santé. Prenant prétexte de la date anniversaire de l’exil de Serigne Touba au Gabon, la Médiathèque de GFM remet au goût du jour ce riche article publié dans L’Observateur, N°2784 du 31 décembre 2012.

Dans sa thèse de doctorat de 3e cycle soutenue à l’Université de Dakar dans l’année universitaire 1975-1976 intitulé «L’Islam au Sénégal», le professeur El Hadji Ravane Mbaye revient largement sur la correspondance datée du 19 mai 1903 que Cheikh Ahmadou Bamba a adressée au Gouverneur du Sénégal. Rédigée en arabe, le Pr. Mbaye s’est attelé à la traduction en français de cette correspondance dont copie de la version arabe est annexée dans sa thèse de doctorat de 3e cycle. Dans cette missive, Cheikh Ahmadou Bamba révèle que son état de santé est lamentable depuis son retour du Gabon, rapporte le professeur citant Serigne Touba lui-même : «…après quelques kilomètres de marche, j’ai senti une fatigue indescriptible. Je ne pouvais plus marcher ni même monter à cheval, ce qui m’inquiète profondément.» Serigne Touba poursuit dans sa missive, nous rapporte M. Mbaye «En vérité depuis que je suis rentré du Gabon le changement de climat a produit beaucoup d’effets sur mon organisme. De surcroît, durant les sept (7) années et demie que j’ai passées au Gabon, il ne m’était pas loisible de marcher. Je restais assis dans une chambre. Voilà pourquoi, quand j’ai quitté Saint-Louis pour me rendre chez moi, je n’ai pu y arriver qu’après deux mois. Car après chaque kilomètre de marche, je tombais malade plus longtemps. Je dissimulais cela aux gens. Telle est la raison qui m’a amené aujourd’hui à vous envoyer mon frère Cheikh Anta et son cousin Mbacké Bousso qui peuvent en tout parler en mon nom…». (NDLR : Serigne Touba, de retour d’exil au Gabon, avait été retenu 11 jours à Saint-Louis sur l’ordre du Gouverneur qui le reçut dans son bureau avant de le libérer pour qu’il rejoigne le Baol, nous dit M. Mbaye).

Serigne Touba et les accusations portées sur lui

Dans un autre registre, le Pr. Ravane Mbaye nous rapporte que pour lever les accusations portées sur lui par le Commandant de Thiès qui dit l’avoir convoqué sans que le Serigne (Serigne Touba) ne se soit présenté, Cheikh Ahmadou Bamba poursuit dans sa missive en ces termes: «C’est de la calomnie, car je n’ai pas vu jusqu’ici ni message ni messager provenant de lui. Vous pouvez l’interroger à ce sujet. Comment pourrais-je avoir un tel comportement pendant que mes maîtres m’ont appris les hadiths du prophète Mouhamed relatifs au devoir d’obtempérer aux ordres du chef (Sultan) ?

Namory BARRY

Source : El Hadji Ravane Mbaye, «L’Islam au Sénégal», Thèse de doctorat de 3e cycle soutenue à l’Université de Dakar dans l’année universitaire 1975-1976

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