Fils de juge. Un avocat qui enlève sa robe en pleine audience peut paraître irrespectueux. Pourtant, à plusieurs reprises, Me Khoureychi Bâ l’a fait. Non pour offenser le juge en face mais, parce que tout simplement, il ne veut pas participer à une parodie de justice. Lorsque les choses dépassent la limite de l’acceptable et qu’il se sent confiné dans l’étroitesse de sa robe par les règles et principes auxquels il est tenu, il lui arrive, lunettes noires sous un regard sombre, de jeter la robe pour partir. Un refus qu’il traduit dans ses actes de tous les jours. Quel que soit son interlocuteur, l’homme aux pas feutrés, ne se gêne pas à le remettre à sa place et à convier les principes qui sont justes. Une autre façon de rendre la justice, point saillant de la personnalité de l’avocat, considéré par certains de ses confrères, comme le Che Guevara du barreau sénégalais. Alors, l’idée de plonger dans le personnage de Me Khoureychi Bâ propulsera le lecteur dans un univers particulier, d’un révolutionnaire qui se bat contre l’injustice.

Expulsé par les Sœurs pour indiscipline. De Khoureychi, il ne pouvait en être autrement. Fils du juge Tidiane Bâ, il a vécu dans un environnement judiciaire. Né le 15 août 1956 à Dakar, le garçon a grandi, entouré de la tendresse d’une mère sage-femme et de la rigueur d’un papa magistrat, dont les amis avocats et juges venaient manger chez lui. Très tôt, Cheikh Khoureychi tâte l’excellence. Intégrant le prestigieux centre d’excellence «Point E2», dirigé par le célèbre Séguier, qui avait rédigé le livre de calcul, utilisé à l’époque, presque par tous les élèves au début des années 60, en Afrique francophone, il devra quitter cet établissement, suite à l’affectation de son papa à Bakel. Lui et son grand frère, Lamine Bâ, ont suivi «le vieux» qui a ouvert les tribunaux de Bakel, Tambacounda et Pikine. Une chance pour les garçons qui ont vu leur pater s’impliquer dans leur éducation. Qualifiant son frère de «cas atypique», il se souvient du petit garçon «obéissant, très mesuré, qui aimait beaucoup discuter et se battre avec lui.» A Bakel, le petit Cheikh fait un an et revient à Dakar. En classe de cinquième au Lycée Blaise Diagne, sa famille part à Tambacounda sans lui. Entre-temps, le personnage change. Khoureychi raconte le garçon «indiscipliné» qu’il est devenu. Il rejoindra la famille à Tamba où ses parents ont servi avec ceux de Mimi Touré. A l’école des missionnaires de St Joseph, il fait partie des meilleurs élèves, mais se fait expulser par les sœurs qui se sont désolées qu’il entraine les élèves dans un mauvais sens. C’est au Ceg de la ville qu’il obtient le Brevet. La même année, son papa est affecté à Dakar, pour ouvrir le tribunal de Pikine.

1er de son jury 33 au bac, il est obnubilé par Wade à la Fac. Elève brillant, il réintègre le Lycée Blaise Diagne et décroche en 1977, son baccalauréat, en étant 1er du jury 33 de Kennedy. A la Fac, après avoir obtenu la meilleure note du 1er examen de Partielles de 1re année, il fait beaucoup de militance. «L’expression ‘Thé-débat’ est ma création. Je parle sous le contrôle d’Ousmane Ngom», se souvient-il. Une période qui coïncide avec l’arrivée de Me Abdoulaye Wade dans sa vie. «Wade était comme «la peste» et personne n’osait l’approcher, raconte son frangin. Le gosse était obnubilé par le personnage. Beaucoup de gens venaient dire aux parents de ne pas le laisser fréquenter Wade.» Avec Ousmane Ngom, qui l’a intégré au Pds et dont le fils aîné porte son nom, il est parmi des rares «à choisir le bourgeois libéral». Ils essaient de faire entrer Wade dans l’espace universitaire. Sans grand succès ! En 1978, la conférence de Wade à la Fac n’aura qu’une réussite universitaire. Politiquement, Wade ne pouvait pas pêcher dans les eaux. «C’est en 1988 que ça a été l’apothéose. Wade est revenu, accompagné d’une marche géante jusqu’au Point E. Ce jour-là, le cœur des Sénégalais a flanché. Le Sopi est entré dans l’antre de l’Université de Dakar», dit-il, fier. Khoureychi est aussi de ceux-là qui, avec Habib Thiam, ont décroché les plans de réinsertion des jeunes diplômés. Au moment où certains privilégiaient la création d’entreprises de pêche, de transport et autre boulangerie, il a opté pour les stages dans les entreprises. Par la suite, il est entré au Cesag. Il obtient une bourse pour les Etats-Unis, mais refuse de signer la clause du Recteur qui voulait qu’il enseigne à l’Université à son retour. Khoureychi trouve la pratique «dégueulasse» et crache sur l’opportunité. Il travaillera dans une entreprise de textile, avant de la quitter pour collaborer avec Mamadou Diop dans la municipalité. Adjoint du Directeur administratif et financier et secrétaire de la Commission des marchés, il fait long feu : «Il y avait une corruption extraordinaire. Les entreprises venaient jusque chez vous pour vous corrompre. J’ai donc démissionné.»

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