L’offensive terrestre et aérienne turque contre les régions du nord de la Syrie contrôlées par les Kurdes est entrée dans son troisième jour.

Depuis le lancement de l’offensive contre les forces kurdes, les milices syriennes supplétives de la Turquie, soutenues par l’armée d’Ankara sont passées à l’attaque dans deux secteurs de la frontière : à Ras al-Aïn dans la province de Raqqa, au nord ; et à Tall Abyad, dans la province de Hassaké, au nord-est.

Les supplétifs de la Turquie ont pris une douzaine de villages dans ces deux régions à forte majorité arabe, rapporte notre correspondant dans la région, Paul Khalifeh. Ils ont bénéficié du soutien de groupes locaux. Ras al-Aïn a été attaquée par des combattants venus de l’intérieur de la Syrie, ce qui confirme les informations rapportées par des sources proches du régime syrien, qui font état de la défection de nombreux combattants arabes des Forces démocratiques syriennes, dominées par les Kurdes.

Contre-attaque kurde

Mais dans la nuit de jeudi à vendredi, les combattants kurdes ont lancé une contre-attaque qui leur a permis de reprendre une partie du terrain perdu aussi bien à Ras al-Aïn qu’à Tall Abyad, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) et des sources du régime.

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La réponse des forces kurdes syrienne se fait de plus en plus intense, confirme notre envoyée spéciale à AlkcakaleOriane Verdier. Environ huit tirs de roquette et de mortier ont visé jeudi cette ville côté turc. Trois personnes, dont un enfant, auraient été tuées. L’information a rapidement circulé, explique-t-elle. Une nouvelle preuve pour les autorités locales que les forces kurdes qui défendent le territoire nord-est syrien sont des terroristes, le premier danger pour les civils turcs.

Les combats ont provoqué l’exode de 60 000 personnes qui ont pris la direction de la ville de Hassaké, capitale de la province éponyme, entassées dans des camionnettes, au milieu de matelas, de bonbonnes de gaz et de gros sacs de jute, selon des journalistes sur place.

Un premier soldat turc tué

Selon l’OSDH, les combats ont fait plusieurs dizaines de morts, dont 16 civils. L’organisation annonce également la mort d’un premier soldat turc. « Notre frère d’armes est tombé en martyr le 10 octobre dans un affrontement contre des terroristes des YPG dans la zone de l’opération Source de paix », a affirmé le ministère turc de la Défense dans un communiqué.

Trois autres militaires turcs ont été blessés tandis que sept civils, dont un bébé, ont péri dans des tirs d’obus et de roquettes contre des villes situées côté turc de la frontière.

Malgré son isolement, Erdogan affiche sa détermination

Malgré tout, le président turc Recep Tayyip Erdogan affiche sa détermination, pointe notre correspondante à IstanbulAnne Andlauer. L’armée turque affirme répondre coup pour coup et avoir détruit les cibles à l’origine des tirs mortels. Ça, c’est pour la réponse militaire. Côté communication politique, Ankara présente ces attaques comme la preuve que les forces kurdes s’en prennent aux civils. Ce qui permet, dans leur discours, de légitimer l’offensive en cours.

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Ces tirs servent aussi à justifier le projet d’Ankara de pénétrer profondément en territoire syrien pour créer une zone dite de « sécurité ». Le chef de la diplomatie turque, Mevlüt Cavusoglu, a fait remarquer que les roquettes qui s’abattent sur les villes frontalières avaient une portée de 30 kilomètres. Soit précisément la largeur que la Turquie réclame pour cette zone de sécurité.

Le président Erdogan semble déterminé à poursuivre l’offensive, malgré les morts qui, si elles se multiplient, risquent à terme de rendre l’offensive impopulaire. Malgré aussi l’absence de soutien sur la scène diplomatique. Même la Russie, si elle se montre compréhensive pour l’instant, est loin d’afficher un soutien ferme. Comme l’écrit le politologue Soli Özel dans le quotidien en ligne T24 : « Ce qu’il y a de plus frappant à constater, c’est à quel point la Turquie est seule dans cette opération. »

rfi

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