Des chercheurs japonais ont été autorisés à créer des chimères, une pratique déjà autorisée en France. Ce projet, qui vise à fabriquer des organes humains dans des animaux, soulève des questions éthiques.

Le 24 juillet, le gouvernement japonais a approuvé un projet de recherche visant à créer des chimères homme-animal puis à les implanter dans l’utérus d’animaux de laboratoire. Une première au Japon. Ces travaux, dirigés par le Pr Hiromitsu Nakauchi, chercheur à l’université de Tokyo et à l’université de Stanford (États-Unis), ont pour objectif de fabriquer des organes humains dans des animaux en vue de réaliser des greffes.

Des expériences légales en France

En pratique, cette autorisation ne repousse pas de beaucoup les limites actuellement en vigueur. Jusqu’à maintenant, la législation japonaise autorisait déjà la création de chimères et permettait de les faire grandir dans l’utérus pendant 14 jours. Désormais, le Pr Nakauchi et son équipe pourront pousser l’expérience jusqu’à 14 jours et demi, comme le précise un article publié le 26 juillet dans la revue scientifique Nature.Sponsorisé par Le Particulier Figaro PartenairePourquoi investir en résidence avec services ?

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En France, les limites de la loi sont assez floues. Elle interdit de transférer des cellules-souches embryonnaires humaines dans des embryons d’animaux. En revanche, est autorisée la recherche sur les cellules pluripotentes induites, qui sont des cellules adultes qu’on a forcées à retourner à l’état de cellules embryonnaires (celles utilisées par le Pr Nakauchi). Il est donc déjà possible de réaliser ce type d’expériences, comme le confirme au Figaro le Dr Hervé Chneiweiss, neurologue et directeur du comité d’éthique de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

Quant aux États-Unis, de telles expériences sont autorisées, c’est d’ailleurs la raison qui a poussé le japonais à prendre un poste à l’université de Stanford. Toutefois, leur financement fait l’objet d’un moratoire depuis 2015. Autrement dit, ces études ne sont plus financées par des fonds publics.

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Dans l’éprouvette

Toutes ces recherches font naître bien des fantasmes. On imagine volontiers un humain à tête de souris ou avec des pattes de porc. Un cauchemar à 10.000 lieues de ce qu’il se passe en réalité dans les éprouvettes. En pratique, les chercheurs prennent un embryon animal dans lequel un gène a été modifié afin qu’il ne développe pas un organe en particulier. Ils y injectent ensuite des cellules pluripotentes humaines. Ces cellules indifférenciées ont la particularité de pouvoir se transformer en cellules de n’importe quel organe du corps (cellules de cœur, de foie, de pancréas…). Une fois implanté dans l’utérus d’une femelle animale, l’embryon homme-animal va pouvoir se développer au chaud.

«Ils ont créé une souris avec un pancréas de rat. Une fois transplanté, l’organe a permis de soigner un rat qui souffrait de diabète.»

Pierre Savatier, directeur de recherche à l’Inserm

En réalité, des chimères – ces organismes dont les cellules sont issues de plusieurs espèces – sont déjà fabriquées en laboratoire depuis plusieurs années. «Des xénogreffes (greffe où le donneur et le receveur appartiennent à des espèces différentes, NDLR) ont lieu tous les jours», indique le Dr Hervé Chneiweiss. «C’est grâce à elles qu’ont pu être développées et testées de nombreuses chimiothérapies». L’équipe du Pr Nakauchi n’en est pas à son coup d’essai. «Grâce à cette méthode, l’équipe du Pr Nakauchi a pu fabriquer un hybride rat-souris», rappelle Pierre Savatier, directeur de recherche à l’Institut cellule-souche et cerveau de l’Inserm. «Ils ont créé une souris avec un pancréas de rat. Une fois transplanté, l’organe a permis de soigner un rat qui souffrait de diabète.»

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De nombreux obstacles

Faut-il s’attendre à disposer d’un stock illimité d’organes d’ici quelques années? Nous en sommes encore loin. «Il reste de nombreux obstacles», explique Pierre Savatier, directeur de l’une des rares équipes à réaliser des chimères homme-animal dans le monde. «Si l’on fait pousser un organe humain chez la souris, il sera minuscule et donc inutilisable. On doit donc utiliser des animaux plus gros. Le porc est une option mais c’est une espèce assez éloignée de l’homme.»

«La recherche explore différentes directions mais c’est à la société de dicter les applications à retenir.»

Dr Hervé Chneiweiss, président du comité d’éthique de l’Inserm

«Pour le moment, il s’agit surtout de recherche fondamentale», tempère le Dr Chneiweiss. «Les chercheurs essaient d’abord de comprendre comment se développent les organes». De son côté, Pierre Savatier décrit plus modestement que le Pr Nakauchi leurs activités communes: «pour l’instant, nous cherchons surtout à élucider par quels mécanismes le chimérisme est possible», souligne-t-il. «Il y a un potentiel biomédical extraordinaire mais on peut difficilement faire des pronostics.»

Il reste que ces pratiques posent des questions éthiques. «On se sert de la technique pour des visées thérapeutiques, mais il y a toujours la peur que cela aille plus loin», s’inquiète le Dr Alain de Broca, directeur de l’espace de réflexion éthique régional de Picardie. Sans parler des questions liées au bien-être animal: une société acceptera-t-elle de tuer des animaux pour prélever leurs organes? «La recherche explore différentes directions, mais c’est à la société de dicter les applications à retenir», conclut le Dr Chneiweiss.

figaro sante

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