La cardiologie sénégalaise est en avance sur la plupart des autres spécialités médicales au Sénégal qui ont été créées 10 à 20 ans après. Elle est aussi en avance sur beaucoup de pays africains. 
Le service de cardiologie, créé en 1961, est l’un des premiers en Afrique. Il est même l’un des premiers services de cardiologie au monde.  En cette période, les pays occidentaux étaient encore sous la tutelle de grands services de médecine interne.
La chance du Sénégal a été d’avoir des visionnaires très tôt, puisque le professeur Koité avait développé la cardiologie comme ça été le cas en Occident. Peu de gens le savent, à la fin des années 70, malgré les difficultés rencontrées par le Sénégal à l’époque, la cardiologie sénégalaise disposait de tout le plateau technique qu’on retrouvait à Paris ou à New York, par exemple. 
Évidemment, la crise économique est arrivée, le pays a rencontré quelques difficultés et la cardiologie a connu un peu, en cette période de récession, puis, le creux de la vague. Mais depuis une quinzaine d’années, les choses ont pu reprendre et d’autres visionnaires ont pris le relais. 
Voilà comment le professeur Abdoul Kane, Cardiologue et Président de la Société sénégalaise de cardiologie (Sosecar) raconte l’histoire de la cardiologie. Il cache mal son émotion en trame de fond. Le Dr Kane finit même par dire : «Pendant longtemps, les maladies cardiovasculaires, l’hypertension artérielle, le diabète étaient considérés comme des maladies extrêmement rares et qui n’étaient pas du tout des priorités de santé publique en Afrique. L’histoire de la cardiologie est une histoire passionnante. Nous sommes en 1960 ; le Sénégal est devenu indépendant.»  
La saga  du Pr. Koité, pionnier de la cardiologie
  Plus explicite, le président de la Sosecar notifie qu’«on s’occupait davantage de la santé maternelle et infantile, des infections, parce que l’Afrique était considérée comme le continent des endémies infectieuses. Et donc les maladies cardiovasculaires étant considérées comme rares et exceptionnelles, étaient même considérées comme des maladies qui ne pouvaient pas toucher les Africains».
En 1959-1960, rentre au Sénégal le professeur Papa Koité qui est le pionnier de la cardiologie sénégalaise formé en France. Il avait senti l’explosion de l’hypertension artérielle, des maladies cardiovasculaires et tous ces facteurs que nous connaissons aujourd’hui. Il n’a pas été très bien compris, puisque beaucoup de gens ne croyaient pas que le jour arriverait où on serait confronté à ces maladies-là».
Le logement de fonction de l’hôpital comme premier ‘’refuge’’
 Il pose donc ses bagages à la faculté de Médecine de Dakar et à l’hôpital Aristide Le Dantec. Les choses ne seront pas faciles. «On lui dit que ce n’était pas possible de créer un service de cardiologie. Ce n’était pas une priorité. C’est le directeur de l’hôpital Aristide Le Dantec de l’époque, qui est le premier directeur africain, parce que le poste était dirigé par des Français qui pensaient que ce qu’il disait était pertinent. Il quitte son propre logement de fonction, en demandant au professeur Koité de démarrer là-bas son unité de cardiologie. C’est pour cette raison que ce service de cardiologie qui est à Le Dantec est isolé des autres services, puisque c’était un logement de fonction. Très ambitieux, le Pr. Koité a récupéré les autres maisons, il a récupéré ce qui était l’école des infirmiers pour créer ce qui est aujourd’hui le plus grand service de cardiologie du Sénégal. Plus tard, il va affranchir les autres disciplines pour en faire une discipline entière. En 1981, il crée l’une des premières écoles de cardiologie qui forme des spécialistes en Afrique. Voilà donc l’histoire de la cardiologie en 1961 qui se poursuit en 1981.»

NKN

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