Chaque semaine, le Dr Jean Marc Sène, médecin du sport et médecin de l’équipe nationale de judo, présente sa chronique sport dans Priorité Santé. Cette semaine, il aborde la question des l’addiction au sport : la bigorexie.

Dr Sène vous nous parlez souvent des bienfaits du sport, mais parfois l’activité sportive est pratiquée de manière excessive, on parle alors de Bigorexie. C’est quoi la Bigorexie au fait ?

La Bigorexie, maladie reconnue par l’OMS depuis 2011, est une addiction qui concerne les personnes devenues dépendantes d’une pratique excessive du sport notamment pour développer sa masse musculaire. Le risque de dépendance est présent chez les sportifs amateurs qui dépassent environ 10 heures par semaine.

Cette addiction oblige la personne atteinte à ne plus pouvoir se passer de sport. Celle-ci ne se sent pas bien lorsqu’elle ne peut pratiquer son activité sportive. La vie quotidienne d’une personne atteinte de bigorexie est entièrement organisée autour du sport pouvant provoquer des problèmes familiaux et professionnels. Pratiquer son sport devient une obsession qui prend toute la place dans la vie quotidienne.

Les personnes les plus concernées sont celles qui font du culturisme et de l’endurance. Le sport entraîne une libération d’endorphines à l’origine d’un bien-être et d’une sensation de plénitude. Lors d’une addiction, les sportifs sont à la recherche sans cesse davantage de ce «plaisir » pouvant conduire à une véritable compulsion.

Quels sont les risques ?

Les risques d’une dépendance trop importante au sport sont liés à la pratique excessive du sport concerné. Il existe des risques de déchirures musculaires, d’atteintes tendineuses, de fractures osseuses, d’infarctus…

Le risque d’épuisement général dû à une trop grande activité sportive

Le risque d’une dépendance à des produits anabolisants ou de protéines est également bien réel chez certaines personnes notamment les culturistes.

Les personnes présentant une bigorexie font preuve pendant de longs mois d’un véritable déni les poussant même davantage à augmenter la fréquence de leurs activités sportives pour contredire leur entourage.

Finalement c’est une addiction, un peu comme celle qu’on peut retrouver avec l’alcool ?

Absolument ! Une étude a analysé la relation entre l’activité physique et la consommation d’alcool. Elle montre qu’il existe une relation entre l’addiction au sport et une consommation problématique d’alcool. Les personnes présentant les critères d’une addiction au sport sont presque trois fois plus nombreuses que les autres à montrer les signes d’une consommation problématique d’alcool. La pratique sportive en état d’alcoolisation étant peu probable, les alcoolisations excessives de type « 3ème mi-temps » pourraient être impliquées. D’autre part, ceux qui sont dans l’excès le sont probablement dans plusieurs domaines.

Ce phénomène d’addiction au sport touche indifféremment les deux sexes, quelle que soit la taille de l’agglomération dans laquelle ils vivent.

Ces Français « accrocs au sport » sont deux fois moins souvent actifs professionnellement et sont beaucoup plus jeunes. Les personnes qui déclarent une activité physique régulière présentent moins souvent des problèmes d’alcool. Faire du sport de manière modérée reste une bonne chose pour la santé !

rfi

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