La problématique du loyer devient de plus en plus récurrente au Sénégal notamment à Dakar où les prix des locations dépassent l’imagination. Devenu une zone de non-droit où la législation peine à être appliquée, la problématique du logement dans la capitale sénégalaise est accentuée par les courtiers immobiliers qui font la pluie et le beau temps, exigent entre deux et quatre mois de caution pour pouvoir accéder à un logement. 

La question s’est d’ailleurs invitée à la table du Conseil des ministres dernièrement, devant l’impuissance des locataires à la merci de bailleurs et courtiers, sept ans après l’entrée en vigueur de la Loi n°2014-03 du 22 janvier 2014 portant baisse des loyers n’ayant pas été calculés suivant la surface corrigée. Occasion saisie par Seneweb pour chercher le ver qui infecte le marché de la location à Dakar, à savoir les courtiers omniprésents, devenus un cheveu sur la soupe des chasseurs de logement.
Une arnaque qui ne dit pas son nomLe métier du courtier immobilier, au départ, consiste à aider le particulier ou l’entreprise qui le mandate à trouver un bien immobilier qui correspond à son besoin. Il est un intermédiaire dans la réalisation d’une transaction immobilière avant la conclusion ultime avec la signature d’un acte de vente ou d’un contrat de location.
Encore appelé chasseur immobilier, le courtier, pour aller à la conquête d’un logement pour particulier ou d’un local pour des professionnels, demande une commission jugée vraiment excessive par certains, jusqu’à 4 mois, dont 1 pour le loyer du premier mois et un autre pour la caution. D’aucuns se demandent où vont les deux autres mois, si ce n’est dans la poche du courtier immobilier.
D’ailleurs, plusieurs locataires avouent avoir versé un montant colossal qui peut couvrir 3 mois de loyer en sus de la commission. « Ma famille s’est agrandie, ma femme a eu des jumeaux depuis l’année passée mais à chaque fois que je pense à la somme que je vais devoir payer pour un appartement plus spacieux, je suis à bord d’un infarctus », peste Ibrahima Samba, locataire d’un appartement F3 depuis 7 ans, à Ouakam. Il trouve carrément injuste qu’un courtier encaisse 100% d’un mois de location pour avoir juste fait visiter un bâtiment pour lequel des fois il ne connait même pas le propriétaire.
D’autres en revanche, dénoncent la somme allant de 2000f à 5000f qu’ils sont obligés de verser pour une simple visite de local, qu’ils ne valideront peut-être pas. C’est le cas d’Abdoulaye Dia, un jeune marié qui cherche depuis 3 semaines un abri, à Sacré-Cœur, pour lui et sa femme. Il se dit désemparé, après avoir visité plus de trois appartements et aucun ne correspond à ses attentes. Pourtant c’est le même courtier qui lui fait visiter ces locaux. Il se demande même si ce n’est pas la stratégie de ce chasseur immobilier. « Je lui ai finalement payé 10.000 f pour ces bâtiments qu’il m’a fait visiter et pourtant j’ai été clair dans mes exigences, c’est de l’arnaque je trouve », s’insurge-t-il.
« Arnaque »? C’est la réponse teintée d’énervement d’un courtier à qui nous avons fait écouter l’appréciation de certains sénégalais sur ce métier. Très nerveux, le courtier d’une quarantaine d’années qui préfère garder l’anonymat, confie à Seneweb que ce n’est pas la première fois qu’il entend de tels propos. Il précise : « il n’y a aucun métier plus noble que celui que nous exerçons, marcher sous ce chaud soleil ou à n’importe quelle heure pour aider quelqu’un à trouver un toit ». Son ami à côté qui ne semble pas désintéressé de la discussion, de poursuivre : « c’est plutôt les clients qui nous font très souvent des coups bas. La dernière fois, j’ai fait visiter 2 studios à un monsieur qui m’a dit ne pas être intéressé, et à ma grande surprise, il est allé finaliser l’un des studios avec le bailleur, dans mon dos, juste pour ne pas me payer la commission ».
Nouveaux types de courtiers
Par contre, Mamadou Diallo, un courtier qui a fait plus de 10 ans dans le métier, considère que tout le monde est devenu courtier surtout les jeunes qui n’ont pas de travail. Il pense que c’est parce qu’ils ne maîtrisent pas le métier qui consiste à aider une personne dans le besoin, comme lui qui fait passer les relations humaines avant l’argent. Il avance aussi que ce sont ces nouveaux types de courtiers qui ne se soucient pas de la sécurité, ou des conditions du client ». Il y en a même qui parfois, quand tu veux dire à un client les réalités, c’est à dire les problèmes d’insécurité du quartier, ou bien les problèmes d’approvisionnement en eau, ou encore d’autres soucis du genre, ils te font un signe pour que tu te taises ». Toutefois, il considère qu’il en reste quand même qui sont justes et qui ne mettent pas l’argent en avant.
Sur ce, M. Diagne, agent immobilier rencontré aux Mamelles, rappelle que les courtiers étaient déjà là bien avant l’installation des agences immobilières. Donc, ils sont plus « les hommes du terrain ». C’est à cet effet que nous travaillons en collaboration.
Dans la même veine, Mme Gueye qui possède plus de 02 immeubles à louer, à Dakar, avoue que les courtiers ne font que faciliter le travail. Selon elle, « la cherté du loyer dépend uniquement du bailleur qui sait combien vaut son bien. Et franchement j’ignore tout ce que le courtier et le client se sont dit ou comment ils procèdent après le contrat. » En tout état de cause, le bailleur et l’agence sont les entités habilitées à encaisser l’argent du client.
On peut toutefois constater, que plusieurs personnes ont été victimes de courtiers véreux qui, une fois qu’ils encaissent l’argent du client, se fondent dans la nature. Pour dire que le métier de courtier est diversement apprécié.
Une police des loyers
En tout cas, ce qui est sûr c’est que l’implication des courtiers rend des fois les transactions immobilières plus salées pour les futurs locataires ou propriétaires. L’association des locataires, pour y remédier, suggère aux autorités de mettre en place un observatoire de l’immobilier et des loyers ou une autorité de régulation (OLI) et une police des loyers dans toutes les zones du Sénégal (accessibles aux locataires et aux bailleurs) gérée par des personnes titulaires d’une licence ou d’une maîtrise en droit. Ces derniers seraient dans chaque commune pour l’enregistrement des contrats pour permettre de voir la légalité et le respect des normes du contrat, pour avoir une base de données fiable de chaque commune et éviter l’évasion fiscale notée dans le secteur. Cette initiative permettra aussi de créer des emplois auto rémunérés (1000 frs pour chaque contrat, une part pour le salaire de l’étudiant, une part pour la commune et une part pour l’Etat). Elimane Sall, Président de l’association, confie qu’ils sont actuellement sur un dossier qu’ils feront parvenir au chef de l’Etat Macky Sall pour résoudre une bonne fois pour toute cette lancinante question, s’il y a une réelle volonté politique de régler cette question.
Écarter les courtiers et favoriser la négociation directe entre bailleur et client
Parmi les pistes de solutions à la cherté du loyer, certains préconisent de se passer des services des courtiers. Abdoulaye Sow, administrateur d’un site web destiné à faciliter la location sans passer par un courtier, pense avoir trouvé la solution à la cherté du loyer. « Les courtiers participent à l’augmentation du prix du loyer, c’est une évidence. Étant intermédiaires entre le bailleur et le client, ils font de la surenchère pour augmenter les prix. C’est eux aussi qui ajoutent une caution qui ne dit pas son nom, une caution pour perte et profits. Car c’est eux qui encaissent le 3e et le 4e mois qu’ils réclament. Sur quelle base ? », s’interroge Abdoulaye Sow.
Il appartient aux autorités d’agir en ce sens selon lui. « Ce que nous suggérons, c’est de mettre en relation directe celui qui veut louer et celui qui cherche une location. Cela aura un double effet : la suppression de la caution, occasionnant, de fait, la négociation directe entre le bailleur et le client, ce qui fera baisser le cout », tranche-t-il.

NKN

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