La situation dégénère en Irak, où des manifestations ont lieu depuis trois jours. Après une journée particulièrement meurtrière jeudi, les forces de sécurité irakiennes ont tiré à hauteur d’homme, ce vendredi 4 septembre, sur des dizaines de manifestants dans le centre de Bagdad, selon des journalistes de l’Agence France-Presse. On dénombrait une trentaine de morts sur les journées précédentes.

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Ni les couvre-feux ni les coupures d’internet ne décourage la contestation en Irak, entrée ce vendredi dans son quatrième jour, qui s’annonce déjà comme un palier franchi dans la violence. Des journalistes de l’AFP rapportent que les forces de sécurité ont tiré sur des dizaines de manifestants dans le centre de la capitale.

La veille, les manifestants s’étaient une nouvelle fois réunis, principalement dans le centre-ville de Bagdad et dans le quartier chiite de Sadr City.La protestation a gagné la quasi-totalité du sud du pays. Jeudi, des personnes ont été tuées par balle à Nassiriya, au sud de Bagdad.

À Bagdad, les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre – qui enregistre aussi des victimes – ont tourné à la bataille rangée. Les protestataires, venus pour certains à bord de camions, ont à nouveau cherché à prendre la place Tahrir, avant d’être repoussés par les blindés des forces spéciales et des tirs à balle réelle.

Le couvre-feu est tout de même en vigueur. Aussi, lorsqu’on quitte le centre-ville de Bagdad et que l’on s’éloigne des quartiers tendus, les rues sont quasiment vides. Beaucoup de check-points supplémentaires ont été installés, ne laissant pas les habitants circuler librement ou rejoindre le camp des protestataires.

Autour de la zone verte, ce quartier où l’on trouve les institutions politiques, la sécurité a été renforcée. Le réseau internet n’est toujours pas revenu, par ailleurs. Tout cela risque de perdurer, d’autant plus que les autorités se préparent une très forte journée de mobilisation ce vendredi, premier jour du week-end en Irak.

Les manifestants réclament des services publics fonctionnels, des emplois pour les jeunes et la fin de la corruption. En 16 ans, depuis l’intervention américaine et la chute de l’ancien dictateur Saddam Hussein, cette dernière a englouti plus de 410 milliards d’euros, soit environ quatre fois le budget de l’État fédéral.

Si le mouvement de contestation est le premier test populaire du gouvernement d’Adel Abdel Mahdi, qui doit souffler sa première bougie à la fin du mois. La journée de vendredi sera un important test politique pour le chef de gouvernement, avec le sermon du grand ayatollah Ali Sistani.

Plus haute autorité religieuse pour la grande majorité des chiites d’Irak, il passe pour avoir son mot à dire en politique, notamment pour nommer et démettre les Premiers ministres. Son prêche pourrait éventuellement donner un signal aux manifestants sur la suite du mouvement.

Contrairement à ce qui a pu être observé dans le passé en Irak, ce mouvement n’a pas été revendiqué par un parti politique ou un chef religieux. Mais il est soutenu depuis mercredi par Moqtada Sadr, dont les partisans avaient paralysé le pays en 2016. Le leader chiite incite ses partisans à organiser des sit-in pacifiques.

Adel Abdel Mahdi ne s’est exprimé jusqu’à présent que par communiqué, saluant « la retenue des forces armées » et annonçant le couvre-feu à Bagdad, tandis que le bureau du Premier ministre affirmait avoir rencontré des « représentants des manifestants ». Les autorités dénoncent des « saboteurs ».

Elles proposent aux protestataires d’appeler un numéro vert pour faire part de leurs revendications. Ce jeudi, Amnesty international a exhorté Bagdad à ordonner « aux forces de sécurité de cesser d’utiliser une force, notamment létale, excessive » et à rétablir la connexion internet et aux réseaux sociaux.

On a, à travers ces manifestations, l’expression d’une déconnexion grandissante entre cette génération d’Irakiens qui, pour la plupart, ont grandi et ont été socialisés dans la guerre et dans cet état de délabrement généralisé, et puis cette classe politique est largement encore composée des anciens opposants à Saddam Hussein, des personnes d’un certain âge, qui ne sont pas considérées comme représentatives…Myriam Benraad

politologue et chercheuse associée à l’Iremam, l’Institut de recherches et d’études sur les mondes arabes et musulmans.

rfi

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