C’était un mercredi, aux environs de 14h, que le petit frère de l’actuel khalife de la confrérie a rendu l’âme.

Ce décès du porte-parole des layennes, Chérif Ousseynou Laye fait suite à une maladie relativement longue.

 «Chérif» comme l’appelait affectueusement les jeunes était très apprécié par ces derniers. Chérif Ousseynou Laye est connu pour son ouverture à la modernité et surtout son ancrage dans les valeurs religieuses. Il a ainsi su allier les deux cultures. Le petit frère du khalife général des layennes, Serigne Abdoulaye Thiaw Laye est un grand conférencier. Il cristallisait, polarisait l’attention de son auditoire quelque soit sa culture ou sa religion. C’est sans doute ce qui faisait de lui le porte-parole incontesté de cette famille religieuse sénégalaise. Chérif Ousseynou Laye a laissé un grand vide qui va surtout se sentir au prochain appel du Mahdi qu’il avait l’habitude d’animer avec brio. 

De teint clair et d’apparence élancée, il était un marabout qui savait combiner esthétique et éthique. Avec une prestance unique, il était le docteur de la jeunesse. Entre lui et  les jeunes, il y avait une complicité qui s’est solidifiée au fil du temps. Ses prêches, sa philosophie et ses conseils sont encore d’actualité. Retour sur la vie d’un «médecin» au chevet de la jeunesse !

Il fut un sage  et non un marabout des temps modernes. C’était un homme élancé. Tantôt, il avait les allures d’un président ou d’un gentleman. Tantôt, il incarnait le Chérif dans tous ses états et son apparence. Ou d’un simple guide au milieu de ses disciples. Il se muait en fonction des besoins, des lieux et des milieux. Ce fils de Seydina Issa Rohou Laye et Safiétou Niang  illuminait la vie  des gens qu’il côtoyait. Avec un parcours  riche et diversifié, il a mené divers combats comme son dévouement et son amour à la jeunesse. Même après son départ vers l’autre monde, il continue de vivre dans le cœur des gens. Certes son rappel à Dieu fut un choc difficile à surmonter, mais son enseignement et ses valeurs résistent encore à l’effet temps.

Après avoir étudié le Coran pour aller ensuite approfondir ses études en théologie à l’université de Al Quaraouiyne au Maroc en 1964, ce pionnier infatigable, parcouru les quatre coins du globe pour vulgariser les enseignements du Mahdi Seydina LimamouLahi et du retour tant attendu du fils de la Vierge Marie. A travers une série de conférences annuelles au Sénégal comme à l’étranger (Usa, Italie, Espagne, France), Chérif Ousseynou prêchait pour l’unité des Peuples, la tolérance religieuse, le dialogue des religions et des cultures. 

Son imposante demeure à Yoff Layène, jouxtant le cimetière Diamalaye et la plage de Yoff, reflète  la vie de l’homme  qui y a vécu. Peint en bleu et en blanc, ce lieu accueille plus de jeunes que d’adultes. Le maître des lieux y avait «des rendez-vous de prêches, de zikr, de discussions ou simplement de goûter avec ses les enfants», se souvient tristement Khady Laye, qui faisait partie de ces jeunes qui l’ont côtoyé vers les années 1996. Aussi loin qu’elle se souvienne, Khady, gorge nouée par l’émotion, tente de raconter ses rencontres avec Chérif et ses amis. «Les jeudis et les vendredis furent toujours des moments de dégustation. Après la prière du vendredi, il nous attendait dans la grande cour pour qu’on fasse du Zikr et  bénéficier de sa générosité», raconte-elle. Toujours dans sa narration, le regard fixé vers le ciel pour tenter de retenir ses larmes, cet «enfant» de Chérif parle de cette relation unique qui le liait  à l’ami de Michael Jackson : «Vous savez, quand il ne se sentait pas bien, il faisait venir les enfants dans son immense petit palais pour qu’on lui fasse des Zikr. Lui en bon Layène s’adonnait à ces chants tout en chœur avec nous.» Parfois, dit-elle, il improvisait un débat et nous faisait découvrir les réalités de la vie sous un ton amical et familier. Pour elle, Chérif Ousseynou Laye n’était pas un marabout qui utilisait son statut pour dicter ses lois. Loin de tout cela, il se comportait en bon père de famille. «Vers les années 1997, sa belle demeure fut notre terrain de jeu où il nous surveillait du haut de son balcon», renchérit-elle. «Pour le respect du voisinage et l’instauration de la paix dans la commune de Yoff, il nous avait demandé de transformer nos Dahira  en «Thé débat» pour ne pas déranger les autres et ne pas utiliser des baffles, seulement  de magnifier à haute voix le nom d’Allah»,  dévoile Khady. Il était  plus qu’un guide  religieux, il était une idole et fidèle compagnon d’une jeunesse qu’il a su façonner conformément aux recommandations de son  grand-père, Mame Limamou Laye, Chérif Ousseynou était ainsi l’initiateur du mouvement international, Farlu Ci Dineji (la persévérance dans les pratiques religieuses). Au-delà de ces pratiques  religieuses, le marabout entretenait  une relation unique avec les jeunes.

Chérif Ousseynou Laye l’eternel «Docteur de la jeunesse»

Entre lui et les jeunes, c’est une longue histoire d’amour, d’enseignement et de tolérance. Loin du radicalisme, l’intellectuel prêchait en toute modestie et sympathisait avec ses «patients». Il redonnait de l’espoir à ceux qui n’en avaient plus, faisait sourire ceux qui l’avaient perdu et remettait sur le droit chemin ceux qui s’en détournaient. Il ne prescrivait pas de médicaments ou de perfusions. Seules ses paroles sages et douces réconfortaient l’esprit de ses «patients». Il avait une capacité d’écoute et une pédagogie très adaptée à l’endroit des jeunes.

Sans s’en rendre compte, il transformait le jeune qui était à la dérive sans utiliser des méthodes  drastiques, mais le pacifisme et l’intelligence dans les idées. «Il faut toujous se marier par amour»

De son vivant, Il subvenait aux besoins des jeunes financièrement et matériellement. Il recommandait aux autorités de donner des stages aux jeunes diplômés. Et ils finançaient même leurs études, se souvient un fidèle disciple du Chérif. Il écrase quelques larmes. La nostalgie de son maître l’étreint. 

Dieu est Amour ! C’est ce en quoi  il croyait fermement. Baye Ousseynou, comme l’appelaient ses fidèles, était contre les mariages forcés. Oui, dans son monde, rien n’était plus beau  et plus prometteur que l’amour.

Le grand marabout, aussi un intellectuel, était un docteur hyper rare. Il n’avait besoin ni de médicaments ni de perfusions pour soulager les malades. Il les réconfortait à travers ses paroles à la fois sages et douces. D’après la plupart des talibés layènes, Chérif Ousseynou Laye avait une capacité d’écoute et une pédagogie très adaptée à l’endroit des jeunes. Il leur disait : « habillez-vous comme vous voulez, marchez comme vous voulez, mais, je veux le chapelet dans votre poche à tout instant».

Ainsi, le saint homme n’avait pas seulement soutenu les siens du Sénégal, Chérif a aussi booster la situation de certaines personnes ou des stars qui, sans cesse, sollicitaient ses prières. Et l’exemple le plus connu est celui avec le roi du Pop, Michel Jackson (avant d’être célèbre).

Ce dernier, alors que l’érudit passait 22 ans à méditer en France, s’était rapproché de lui pour recueillir des prières. Chose qu’il n’avait pas regretté car quelques temps plus tard, Michel a reçu son premier disque d’or.

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