Dans ce contexte de dépôt des listes pour les élections locales du 23 janvier 2022, l’administration territoriale a presque ravi la vedette aux acteurs politiques. Depuis plusieurs jours, les noms de différents préfets reviennent dans la presse comme jamais. La raison ? Une multitude d’incriminations venant des acteurs politiques. L’opposition accuse ouvertement les préfets et sous-préfets de faire le jeu du pouvoir. A Dakar, Matam, Mbour, Kaffrine, Kédougou…, la chanson est la même. L’administration territoriale, du moins certains qui l’incarnent, a agi sous la dictée du régime de Macky Sall.

Et la justice n’est pas loin de confirmer les opposants. En effet, dans plusieurs localités, les préfets et sous-préfets ont été désavoués par la justice, saisie par les opposants. “L’erreur qu’ils (les préfets et sous-préfets) ont commise, c’est de ne pas recevoir les listes, sous quelque prétexte que ce soit. Même quand un mandataire arrive au-delà de minuit, s’il trouve sur place la commission, celle-ci a l’obligation de recevoir la liste. Après, dans un délai de 48 heures, il lui est loisible de déclarer la liste irrecevable pour les motifs qui ont été prévus par la loi. Mais il n’appartient pas au préfet et au sous-préfet de refuser de prendre les listes’’, mentionne le journal EnQuête (N° 3096 du 12 novembre 2021) citant une source judiciaire.

Aujourd’hui, il se pose une question assez inquiétante : la maîtrise des textes par l’administration territoriale. Mais au-delà de cette actualité électorale, il y a lieu de se demander ce qu’a fait le pouvoir déconcentré pour être la cible, non pas uniquement des politiques, mais de plusieurs franges de la population. Il fût un temps où  gouverneurs, préfets et sous-préfets incarnaient l’autorité, ils étaient très respectés. Chaque citoyen était conscient de leur pouvoir et prestige en tant que représentant du chef de l’Etat dans les circonscriptions administratives. Mais ce temps de la puissance et de la déférence semble s’éloigner. Préfets et sous-préfets sont régulièrement dans les colonnes des journaux ou éditions radio ou télé, accusés de partout de partialité, de soumission et de prédation.

D’ailleurs, ces accusations de Yewwi Askan Wi a un goût du déjà entendu. Hier, c’était ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir qui étaient les accusateurs. En février 2009, à quelques semaines des Locales du 22 mars 2009, la conférence des leaders de Benno Siggil Senegaal déplorait «de nombreux cas de fraudes et d’irrégularités commises par la coalition SOPI 2009, avec la complicité manifeste de certaines autorités de l’administration territoriale».

Réunis chez Amath Dansokho, Moustapha Niass, Ousmane Tanor Dieng et Cie dénoncent un parti pris flagrant en faveur du pouvoir. «L’illustration la plus évidente en est donnée par le dépôt et l’acceptation hors délai des listes de la coalition du PDS dans l’ensemble des communautés rurales des arrondissements de Ndindy et Ndoulo/Département de Diourbel, listes déjà forcloses au vu et au su de toute l’opinion», regrettaient-ils.

Et si on n’est pas en politique, c’est alors le foncier ou les faits divers. Comme ce qui s’est passé entre Farba Ngom et le préfet de Kanel en février 2017. Lors de la levée du corps de l’ancien consul général du Sénégal,  le griot du président Macky Sall, conscient sans doute de sa puissance, s’est permis de s’en prendre vigoureusement à l’autorité administrative pour une affaire de place, avec des menaces en plus. «Tu verras avec moi. Tu verras d’ici quelques jours », crachait Farba Ngom.

Que dire alors de l’ancien préfet de Dakar Alioune Badara Samb qui en mars 2021, lors des violentes manifestations, avait demandé aux forces de l’ordre de gazer les journalistes. Une attitude dénoncée par la Convention des jeunes reporters, puisqu’étant une atteinte à la liberté de presse.

Il s’y ajoute une foultitude d’accusations de population contre les préfets et sous-préfets sur des questions liées au foncier. Si parfois l’administration territoriale est accusée de complicité avec les maires, dans certaines localités comme à Méouane, on voit le maire se liguer à la population pour pointer du doigt le préfet.

Selon l’ancien ministre des collectivités locales, une partie du problème est dans les nominations. En effet, si les postes de gouverneurs et préfets sont réservés aux sortants de l’Ena, ce n’est pas le cas au bas de l’échelle. Pour les sous-préfets et leurs adjoints, tout dépend exclusivement du bon vouloir du chef de l’Etat, et le critère politique semble l’emporter. « On peut sortir quelqu’un d’une salle de classe aujourd’hui, le nommer le lendemain sous-préfet. Il porte la tenue et apprend sur le tas le métier de sous-préfet », regrette Aliou Sow sur Rfm. Si ce sous-préfet est un militant du parti au pouvoir, il  peut facilement confondre sa casquette politique de celle administrative.

Selon Aliou Sow, enseignant à l’Ucad, le retour à l’orthodoxie aiderait à voir en l’autorité administrative non pas des partisans mais ceux qui incarnent l’Etat dans leur circonscription.

NKN 

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